Il me semble avoir lu de François Mauriac que les liens qui nous unissent à une maison, à un jardin sont du même ressort que ceux de l'amour. Je ne saurais désavouer des propos si vrais et si tangibles.
            C'est à Conteval, où je suis né que je dois les primes émotions et les éléments indispensables à la construction de ce que je suis aujourd'huiplante.

            C'est là qu'entouré de proches bruyants et forts vivants, nous avons goûté aux joies de la cabane dans les feuilles, aux sensations jouissives de contrôler le cours des eaux par la construction
d'un modeste barrage d'argile qui nous rendait tous à la maison effroyablement boueux et déraisonnablement fiers.
Décrassés et couchés, nos rêves faisaient le lit des projets fabuleux du lendemain, de l'édification d'une inexpugnable forteresse de pavés et de terre, du creusement d'une minuscule mare que nous pensions océan ,et d'un port d'où embarquaient pêle-mêle sur une vétuste périssoire, amis confiants et projets de voyages éxotiques.

            C'est dans ce terreau fécond que nous avons alors inconsciemment plongé nos racines,
dans cette jungle inextricable qu'était alors le parc que nous avons, sans calcul, placé tous nos repères.

            Puis le temps a passé, l'âge avançant sonna l'heure du départ, nos activités bucoliques et nos rêves s'élimèrent au contact d'une société où tout s'achète et tout se vend.
Une immense lassitude, résultat de la compagnie, l'air nous manquait et nos pensées nous ramenaient sans cesse à la campagne, rêvant d'une thébaïde raffinée, d'un désert confortable, à une arche immobile et tiède où nous réfugier...
Conteval n'était plus loin ...
Il était temps de regagner la rive...

            Mais ces lieux enchantés avaient bien changé et probablement avant tout notre regard sur les choses, le foullis végétal qui faisait nos délices et abritait nos aventures, résultat de décennies d'abandon, nous parut insupportable, ne nous correspondait plus...

             Armés de faux, de scies et de serpes, volontaires et enrégimentés, nous entamions un dur combat contre les broussailles,
les ronces et les sureaux. Deux années plus qu'actives "suffirent" pour en venir à bout. Une partie de la structure ancienne du parc se laissait relire, mais l'autre restait pour le moins énigmatique...
seb
C'est là qu'en soutien des efforts continus, intervint l'aide des proches qui me sont aujourd'hui une vraie famille. Qui fouillant inlassablement les archives à la recherche de descriptions et de plans,
les autres transpirant sang et eaux à maçonner des pierres, taillant des haies, en bûcheronnant avec vigueur, ceux bénissant l'eau d'arrosage des plantes en été et perçant le sol glacé pour installer des arbres en hiver ou encore celle accumulant des données distribuées au compte-gouttes pour vous offrir ce site, il y a peu encore, improbable...

             Ils se reconnaîtront ici et c'est leurs énergies conjuguées qui nous amènent à penser que la résurrection du parc de Conteval n'est plus un rêve pieux, mais une merveilleuse aventure humaine pour laquelle il est toujours temps d'embarquer sur le grand vaisseau des "amis des château, parc et jardins de Conteval" pour voguer loin et emporter avec nous pour l'avenir anciennes histoires, grands projets, belles aventures et la nature.
                                                                                                                                                                              Sébastien Hoyer